Portrait de Bâtisseuse
Il y a des dates qu’on choisit soi-même pour marquer un commencement. Laureen Dachard a choisi la sienne : le 1er août, jour de son 26ème anniversaire, elle a officiellement lancé sa marque. Depuis, elle a fait le choix du temps, le temps de retravailler sa stratégie en profondeur.
Une enfance tissée de matières et de gestes
Installée à Nice, Laureen dessine, peint, imagine des logos et des objets. Sa peinture est au cœur de sa façon de créer : elle y exprime des idées, joue avec les couleurs, les matières et les formes, et développe son propre univers artistique. Une pratique qu’elle relie directement à l’entrepreneuriat : « je transforme cette créativité en quelque chose de concret : un produit, une identité, une marque. »
Deux marques, deux histoires
Le chemin scolaire classique ne lui convient pas. Sa première expérience entrepreneuriale, elle ne la choisit pas vraiment : son père lui impose une marque de montres, un projet pensé et construit par lui. Elle refuse de s’impliquer.
La deuxième fois, son père change d’approche : il lui propose cette fois un produit, le tote bag, mais cette fois-ci, elle prend entièrement la main sur la suite. C’est elle, seule, qui construit tout autour : l’identité visuelle, le monogramme, la matière choisie, le nom qu’elle y appose.
Un tote bag en toile écrue, fabriqué en France, décliné en deux tailles (65€ et 75€) et un coffret duo à 129€. Pas d’autre produit prévu pour l’instant. Pour l’heure, elle vend uniquement en ligne, mais garde une porte ouverte : des boutiques physiques viendront peut-être plus tard, une fois la marque suffisamment installée. Son ambition chiffrée : 50 000€ de chiffre d’affaires en officiel, 75 000€ en ambitieux, sur les douze premiers mois.
Ce choix de prendre le temps pour tout retravailler en dit long sur où elle en est aujourd’hui. Suivre l’impulsion de son père comptait pour elle ; mais cette fois, c’est elle qui décide. Elle ne veut plus se contenter d’un lancement, mais construire un vrai lancement de marque, pensé et structuré autour d’une véritable stratégie.
Elle le dit avec une honnêteté rare : « le plus difficile a été de mettre mon nom dessus. […] c’est aussi accepter de montrer une partie de soi. »
Il a fallu, dit-elle, suffisamment de confiance en son projet pour l’assumer pleinement, sans compter toute la stratégie marketing, la communication, et le stress de l’ouverture à gérer en parallèle.
Elle ne cache pas non plus ce qu’elle ferait différemment avec plus de moyens : investir davantage dans la communication et la création de contenu dès le départ, travailler avec des professionnels de l’image, multiplier les shootings. Mais elle voit aussi, avec lucidité, ce que ses moyens limités lui ont offert en retour : l’obligation d’être créative, d’apprendre, de construire chaque étape par elle-même.
Un chemin qui se réinvente en cours de route
Son parcours a pris une direction différente de ce qu’elle avait imaginé. En pleine rentrée, elle a dû revoir ses plans : son expérience avec son ancienne école ne correspondait plus à ses attentes sur le plan éthique. Elle a donc trouvé un plan B, une formation en ligne d’un an pour obtenir son diplôme en architecture d’intérieur. En parallèle se dessine une opportunité de CDI chez Mobalpa, à Saint-Laurent-du-Var. Une situation qui lui permet, dit-elle, de construire son projet professionnel tout en continuant à développer sa marque.
Elle ne voit plus ces chemins comme opposés : « la communication m’a appris à développer une image et à transmettre un message, tandis que mes études en architecture d’intérieur vont développer encore davantage ma sensibilité artistique et esthétique. »
Son regard sur l’aménagement et la décoration ne vient d’ailleurs pas de nulle part : elle a déjà pris goût aux matériaux et aux couleurs en refaisant sa propre maison, et en transformant des appartements achetés justement pour être retapés. Elle cite aussi, avec reconnaissance, les nombreux échanges avec la famille de son compagnon, où l’on compte pas moins de trois architectes d’intérieur. Des conversations qui l’ont confortée dans l’idée que cette voie lui correspondait vraiment.
Ce qu’elle cherche, ce qu’elle a déjà appris
Laureen ne referme pas son projet sur elle-même. Elle se dit ouverte à des collaborations avec des boutiques, des concept stores, des marques qui partagent les mêmes valeurs et la même sensibilité artistique qu’elle, mais aussi avec des artistes, des photographes, des créateurs de contenu ou des médias capables de faire découvrir son univers à un public plus large. Le projet étant encore jeune, elle avance progressivement, préférant construire des collaborations cohérentes et durables plutôt que de courir après le nombre.
Une proposition qui lui a immédiatement parlé
Le Cercle des Bâtisseuses fait partie d’un projet plus large, NIDNA : une ruche pensée comme un réseau de compétences, où chacune peut apporter ce qu’elle sait faire pour aider un autre projet à avancer. Laureen ne l’a pas encore rejointe officiellement — c’est une proposition qui lui a été faite, à laquelle elle réfléchit avec intérêt.
Ce qui lui a immédiatement parlé : « l’idée de ne pas entreprendre seule. » Elle qui a dû gérer seule la création, la communication, la boutique et la relation client se souvient très précisément des doutes qui l’ont assaillie au démarrage : est-ce que le produit est au bon prix, est-ce que l’identité est cohérente, comment communiquer, comment trouver ses premières clientes. Autant de questions qu’elle aurait aimé poser à quelqu’un déjà passé par là, pour gagner du temps et éviter certaines erreurs. Elle sait aussi ce qu’elle pourrait apporter aux autres en retour : son regard sur la décoration et l’aménagement intérieur, et demain, une fois son diplôme obtenu, une vraie expertise à transmettre.
Une phrase, en guise de boussole
Interrogée sur ce qu’elle dirait à une jeune créatrice qui hésite à se lancer : « N’attends pas de te sentir prête : commence, apprends en chemin et ajuste ton projet au fur et à mesure. »
Dans deux ans, elle ne se voit pas seulement à la tête d’une marque reconnaissable : elle imagine avoir élargi sa gamme, tissé des collaborations avec d’autres artistes ou créateurs, et rassemblé autour de Laureen Dachard une communauté fidèle, assez solide pour continuer à investir et faire grandir le projet. Une ambition qui n’est pas sans rappeler celle d’Yves Saint Laurent, dont elle admire la capacité à avoir bâti une identité qui dépasse le simple produit.
Sur les réseaux, on la retrouve sous @laureen.dachard pour sa boutique :




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