Dans un paysage politique saturé de clashes, d’ego et de coups médiatiques, certaines voix surprennent par leur liberté de ton. C’est le cas de Bouchra Sirsalane, conseillère municipale de Puteaux, présidente du collectif Femmes Démocrates et du Front Humaniste. Issue du Mouvement Démocrate (MoDem) qu’elle a quitté en 2024, cette élue locale se distingue par une manière singulière de s’exprimer : elle n’hésite pas à saluer publiquement des personnalités qui ne sont pas de son camp, et à s’approprier leurs propos pour défendre sa propre vision.
Cet article inaugure la série « Raconte-nous tes tweets », où L’Abeille Média choisit d’observer des personnalités à travers ce qu’elles publient elles-mêmes sur X. Des tweets comme points de départ pour comprendre un style, une voix, une manière de faire de la politique.
Un ancrage centriste et humaniste

Entrée en politique au MoDem en 2013, Bouchra Sirsalane revendique une culture centriste, européenne et humaniste. Elle est élue conseillère municipale à Puteaux depuis 2014, où elle porte régulièrement des combats liés à la laïcité, à l’égalité et à la citoyenneté.
Au-delà de son mandat, elle a fondé et préside Femmes Démocrates, un think tank citoyen destiné à renforcer la participation des femmes dans la vie publique. L’association développe des initiatives pédagogiques comme le Simone Day, journée en hommage à Simone Veil, et des actions de sensibilisation autour de l’égalité, de la mémoire et de la démocratie.
Elle préside également le Front Humaniste, un collectif engagé dans la transmission de valeurs humanistes et écologistes. Sirsalane y promeut une approche transversale de la politique, centrée sur l’humain, l’ouverture et la pédagogie citoyenne.
Quand une centriste salue une figure de droite
Dernière prise de parole remarquée : son hommage appuyé à Rachida Dati, ministre de la Culture issue de la droite. « Une figure incontournable de la droite, et même au-delà », écrit-elle, admirant sa détermination et sa réussite dans un univers politique dominé par les hommes.
Une élue centriste qui loue une femme politique de droite ? Ce geste peut surprendre, mais il est révélateur d’un style : Bouchra Sirsalane assume l’admiration sincère, au-delà des clivages partisans.
Retweeter Édouard Philippe… pour mieux se démarquer
Deux jours avant, elle relaie un extrait d’Édouard Philippe, président du parti Horizons, évoquant la confiance parlementaire autour du gouvernement Bayrou. Mais au lieu de se contenter d’un partage, elle commente :
« Si la confiance n’est pas rétablie à l’échelon local, toute action publique reste fragile. »
Un message qui peut se lire de deux façons :
Comme un écho : elle prolonge la réflexion de Philippe, en l’appliquant au terrain municipal, à l’horizon des élections locales.
Comme un tacle subtil : elle ramène le débat des grandes manœuvres parisiennes à la réalité du terrain. En filigrane, elle semble dire que la confiance politique ne se joue pas seulement à l’Assemblée nationale, mais d’abord dans la relation concrète entre élus et citoyens.
Une parole libre dans un contexte mouvant
Dans un contexte où Rachida Dati et Édouard Philippe apparaissent tous, d’une manière ou d’une autre, dans l’orbite de la majorité présidentielle, Bouchra Sirsalane peut se permettre ces gestes d’ouverture. Mais elle ne les fait pas par opportunisme : elle y ajoute toujours une touche personnelle, un décalage qui révèle sa propre vision.
Une touche personnelle et un réseau ouvert
Entre deux prises de parole politiques, elle publie aussi des tweets plus intimes — une photo à Casablanca, un mot affectif — ou s’intéresse à des initiatives comme Suivons Afrique Pacifique.
Une cohérence avec son ancrage humaniste : penser au-delà des frontières, ouvrir les horizons, mettre en dialogue politique locale et dynamiques internationales.
Stratégie ou sincérité ?
Au fond, c’est cette ambiguïté qui intrigue. Est-elle en train de jouer stratégiquement l’ouverture, profitant du climat politique pour élargir son espace de parole ? Ou bien exprime-t-elle une sincérité rare, en refusant de réduire les adversaires à leurs étiquettes ?
Peut-être les deux à la fois. Et c’est ce qui fait d’elle une élue locale singulière : une femme politique centriste qui brouille les lignes, mais qui assume de le faire au nom de valeurs humanistes et citoyennes.

Nous ne sommes pas allés plus loin que ses vingt derniers tweets. Peut-être qu’en descendant davantage, nous tomberions sur des attaques outrageantes contre le RN ou La France Insoumise, comme on en voit partout ailleurs. C’est justement ça que nous voulons savoir : est-ce que Bouchra Sirsalane est vraiment différente, ou est-ce qu’elle finit par adopter, elle aussi, les codes du clash politique ?
( On a notre petite réponse quand même concernant

Dans un monde politique où l’affrontement domine, où beaucoup préfèrent « taper » plutôt que reconnaître la valeur chez l’autre, cette liberté de ton détonne. C’est peut-être cela qui mérite aujourd’hui d’être entendu.
Hanan Zahouani



